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LIEN ENTRE VIOLENCES, PSYCHOTRAUMATISMES ET TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE

Français - 2017

Dre Muriel Salmona, association Mémoire Traumatique et Victimologie



De très nombreuses recherches internationales, toutes concordantes, ont démontré que les violences ont de lourdes conséquences à court, moyen et long termes sur la santé physique et mentale des personnes qui en sont victimes ou témoins (Felitti, 1998, MacFarlane, 2010, Garcia-Moreno, 2010, Blake, 2011).

Et nous savons, depuis la grande étude épidémiologique des Dr Felitti et Anda sur les violences et expériences négatives familiales dans l'enfance (étude ACE - Adverse Childhood Expériences - conduite auprès de 17424 personnes adultes du département de médecine préventive Kaiser permanente dont les premiers résultats ont été publiés en 1998), qu’il y a une forte corrélation entre l'ampleur de l'exposition aux violences pendant l'enfance et les principales causes de morbidité et de décès précoces chez les adultes. Avoir subi des violences dans l’enfance est la première cause de suicide, de dépression, de conduites addictives, d’obésité, et peut faire perdre jusqu’à 20 ans

d’espérance de vie (Felitti, 1998 ;Brown, 2009). Cet impact des violences sur la santé en font un problème de santé publique majeur. Il est lié à la gravité de leurs conséquences psychotraumatiques, les violences ayant le plus fort impacttraumatique étant celles faites aux enfants ainsi que les violences sexuelles et les violences conjugales touchant majoritairement les femmes (Breslau,1991; Astin, 1995 ; Rodriguez, 1997).

Les troubles psychotraumatiques (dont l’état de stress post-traumatique ESPT ou PTSD en anglais) sont définis comme des troubles psychiques complexes organisés autour de symptômes de reviviscence de traumatismes (mémoire traumatique) associés à des symptômes d’évitements, des symptômes dissociatifs, des symptômes dysphoriques et des symptômes d’hyperactivation survenant à la suite de la confrontation d'un individu à un ou plusieurs événements stressants vécus comme particulièrement agressifs ou dangereux, impliquant le plus souvent une menace vitale (Louville et Salmona 2013). Ces troubles psychotraumatiques sont des réponses normales et universelles à des traumatismes majeurs, toutes les victimes qu’elles que soient leur âge, leur sexe,

leur milieu socio-culturel, leurs origines, leur histoire et leur personnalité peuvent en être atteintes.

Le risque de survenue d’un psychotraumatisme existe pour des traumatismes de toute sorte (catastrophes naturelles, accidents, violences) mais il est plus élevé après certains types d’événement, et notamment après les différentes formes d’agression interindividuelle. En dehors de situations de conflits armés, les violences qui vont avoir le plus d’impacts traumatiques sont les violences intra-familiales, conjugales et surtout sexuelles qui touchent principalement les enfants et les femmes, c’est pour cela qu’en population générale les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à présenter un ESPT. Après un viol ou une agression sexuelle, les études montrent que

jusqu’à deux tiers des victimes vont souffrir d’ESPT, les agressions sexuelles représentant la cause la plus fréquente d’ESPT chez les femmes (Louville et Salmona 2013). Ces troubles psychotraumatiques, qui s’installent dans la durée, sont associés avec de nombreuses pathologies telles que la dépression, les conduites addictives, les accidents ischémiques coronariens, thrombo-emboliques, le diabète, le syndrome métabolique, des troubles uro-génitaux, des douleurs chroniques, etc. (Couglihn, 2011)

Des preuves récentes documentent les impacts neuro-biologiques de la violence, démontrant que le stress traumatique subi en réponse à la violence et à d’autres situations traumatiques peut « nuire à l'architecture du cerveau, au statut immunitaire, aux systèmes métaboliques et aux réponses inflammatoires» (Hillis, 2016, Heim, 2013 ; Rauch, 2006 ; Nemerof, 2009) et être à l’origine de dysfonctionnement des circuits émotionnels et de la mémoire, responsable de troubles dissociatifs et d’une mémoire traumatique qui faute de soins, s’installent dans la durée. Cette mémoire traumatique colonise les victimes leur faisant revivre à l’identique les violences au moindre lien qui

les rappelle, comme une torture toujours renouvelée. Ces reviviscences sont tellement intolérables que les victimes traumatisées sont contraintes de mettre en place des stratégies de survie hors normes : conduites d’évitement, de contrôle pour que la mémoire traumatique ne se déclenche pas, conduites à risque dissociantes pour l’anesthésier et soulager ainsi la souffrance quand elle se déclenche (mises en danger, conduites addictives, etc.). Ces conduites de survie auront de lourdes

répercussions sur leur qualité de vie et leur santé (Louville et Salmona, 2013).

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