Comprendre et évaluer le risque suicidaire chez les personnes vivant avec un trouble psychotique
Français - 2026
Félix Diotte, Université de Montréal
Le suicide constitue un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale. Les personnes vivant avec un trouble psychotique présentent un risque particulièrement élevé. Si plusieurs facteurs de risque ont été identifiés, le processus d’évaluation du risque suicidaire chez les personnes vivant avec un trouble psychotique demeure peu documenté, bien qu’il représente une étape cruciale pour la prévention. À ce jour, très peu de recherches se sont intéressées spécifiquement à ce processus auprès des personnes vivant avec un trouble psychotique. L’objectif de cette thèse est de mieux comprendre les défis auxquels font face les professionnels et les personnes vivant avec un trouble psychotique lors d’une évaluation du risque suicidaire. Trois recherches distinctes ont été menées pour atteindre cet objectif. Le premier article proposait un sondage en ligne et visait à sonder les professionnels travaillant avec une population psychotique sur leur aisance, les obstacles perçus et les facteurs pouvant aider leur évaluation du risque suicidaire. Les résultats ont identifié l’importance des normes sociales perçues comme prédicteur de l’évaluation du risque suicidaire, ainsi que différents obstacles comme le manque de temps avec chaque patient et la complexité des outils utilisés dans leurs milieux. Le deuxième article utilisait un devis qualitatif et visait à donner une voix aux personnes vivant avec un trouble psychotique ayant eu des idées suicidaires, et des familles concernées par ces enjeux, pour mieux comprendre leur réalité lors de ce processus. Les résultats montrent que plusieurs personnes hésitent à divulguer leurs pensées suicidaires en raison de craintes importantes, notamment la peur d’une hospitalisation involontaire, et que les membres de la famille se sentent souvent exclus du processus décisionnel des soins à leurs proches. Les deux parties identifient l’importance capitale de l’alliance thérapeutique et d’avoir un espace pour parler comme facteurs encourageant la divulgation des idées suicidaires. La troisième étude utilisait un devis de sondage Delphi et visait à sonder des professionnels experts avec les troubles psychotiques ou au niveau de la prévention du suicide pour déterminer des éléments importants à inclure dans une évaluation du risque suicidaire. Les résultats indiquent une préférence marquée pour les indicateurs directs du risque (idées suicidaires actuelles et planification), suivi des facteurs de protection (espoir, raisons de vivre, etc.). En somme, cette thèse démontre que l’évaluation du risque suicidaire chez les personnes vivant avec un trouble psychotique est un processus vécu difficilement par tous les acteurs impliqués en raison de différents obstacles tant systémiques que relationnels. La thèse souligne aussi le rôle central d’une approche humaine et adaptée tant à la réalité de la personne que du professionnel. Nous espérons que ces résultats encourageront les chercheurs, les cliniciens et les organisations impliqués dans ce domaine à poursuivre leurs recherches et à considérer les recommandations émises dans cette thèse, pour bonifier l’expérience de tous lors de l’évaluation du risque suicidaire d’une personne vivant avec un trouble psychotique.
Mots-clés : Suicide, Évaluation du risque suicidaire, Professionnels, Troubles psychotiques, Familles.