- Océane Thébault
- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Activité physique et cachexie cancéreuse : des mécanismes moléculaires à la prise en charge du patient
Français - 2022
Cindy Richard, Education, Université Rennes 2
En 2017, suite au rapport d’expertise de l’Institut National du Cancer (INCa) sur les
soins oncologiques de support, la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) publie
une note d’instruction indiquant les améliorations à apporter à l’offre en soins de
support pour les patients atteints de cancer. Il est signifié que l’activité physique
adaptée doit maintenant faire partie intégrante du parcours de soins des patients. De
nombreuses études ont démontré que la pratique régulière d’activité physique
engendrait des bénéfices physiologiques et psychologiques pour un grand nombre de
cancers, allant même jusqu’à réduire le risque de mortalité et de récidive chez les
patients atteints de cancer du sein, du colon et de la prostate (Rapport INCa 2017 ;
Rapport WCRF 2018 ; (Friedenreich et al., 2020). Au regard de ces bienfaits, l’American
College of Sports Medicine (ACSM) a établi des recommandations à destination de ces
patients. Elles proposent la pratique d’activités à dominante aérobie d’intensité
modérée à élevée cinq fois par semaine, combinées si possible à deux séances de
renforcement musculaire (Campbell et al., 2019) et ce, en fonction de l’état clinique du
patient. Toutefois, ces recommandations ont principalement été élaborées à partir de
données obtenues chez des patients atteints de cancer à des stades précoces. À ce
jour, très peu de données existent chez les patients atteints de cancers agressifs et de
cachexie cancéreuse, rendant les recommandations en matière d’activité physique
pour ces patients quasiment inexistantes (Arends et al., 2021; Roeland et al., 2020).
Pourtant, la cachexie cancéreuse est l’un des effets secondaires les plus néfastes du
cancer et de ses traitements. Caractérisée par une perte de poids rapide et
involontaire, elle conduit à une réduction des capacités physiques, de la qualité de vie,
mais également de l’espérance de vie des patients (K. Fearon et al., 2011). Bien qu’il
n’existe pas, à l’heure actuelle de recommandations d’activité physique spécifique
dans un contexte de cachexie cancéreuse, il est recommandé d’intégrer l’activité
physique adaptée dans le parcours de soin des patients pour une prise en charge la plus complète possible (Arends et al., 2017, 2021; Muscaritoli et al., 2021; Roeland et
al., 2020).
SPORMED, partenaire de la thèse CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la
Recherche), est un centre de médecine du sport et de réadaptation à l’effort. Il propose
une prise en charge par l’activité physique adaptée des patients atteints de pathologies
chroniques. Au vu des nombreux bénéfices de l’activité physique pour les patients
atteints de cancer et des lignes directrices indiquant la nécessité d’intégrer l’activité
physique dans le parcours de soins des patients, SPORMED a souhaité mettre en place
un programme d’activité physique adaptée qui leur est entièrement dédié. Ce
programme, destiné à tous les patients atteints de cancer, quel que soit leur stade
(précoce ou avancé et cachectisant) s’est en premier lieu appuyé sur les
recommandations générales de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l’INCa
et demandait à être approfondi pour optimiser la prise en charge de chaque patient,
notamment ceux atteints de cachexie cancéreuse.
Ce travail de thèse CIFRE visait à décrypter les effets de l’activité physique dans un
contexte de cachexie cancéreuse afin de définir un programme optimal pour les
patients concernés. Pour y répondre, le temps dédié à ce doctorat a été réparti entre
la structure SPORMED et le laboratoire Mouvement Sport Santé. Ainsi, une étude
pilote en vie réelle a évalué (1) la place des patients atteints de cachexie dans le
programme proposé à SPORMED, dont j’avais la supervision et (2) les effets associés.
Après avoir observé la volonté des patients atteints de cachexie à intégrer l’activité
physique adaptée dans leur quotidien, nous souhaitions étudier différents paramètres
d’activité physique dans un contexte de cachexie cancéreuse afin d’identifier les
modalités les plus optimales. Ainsi, une seconde étude, mise en place dans un modèle
murin de cachexie associée au cancer du pancréas a analysé l’impact de différents
types d’activité physique sur le développement de la cachexie cancéreuse et a décrypté
les mécanismes impliqués. Les résultats obtenus durant ces quatre années devraient
permettre plus largement d’améliorer la prise en charge des patients atteints de
cachexie cancéreuse, en optimisant les recommandations d’activité physique.