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Prescriptions et usages de prégabaline : analyse d’une cohorte de 419 patients en centre d’étude et de traitement de la douleur et revue de la littérature

Français - 2019

Douleurs et analgésie, volume 32



La prégabaline est un psychotrope développé il y a plus de 40 ans, disponible sur le marché des antiépileptiques et des antalgiques (et de façon beaucoup plus marginale des anxiolytiques prophylactiques) depuis près de 20 ans, commercialisé en France depuis 2006. La prégabaline a pris la première place des prescriptions antalgiques contre la douleur neuropathique dans le monde au cours des dix dernières années. Si elle a pour indications en Europe les douleurs neuropathiques et le trouble anxieux généralisé, aux États-Unis et dans quelques autres pays, elle a également une indication pour la fibromyalgie. Le nombre de personnes potentiellement utilisatrices, c’est-à-dire exposables au médicament, est donc très conséquent.


Quelques années après sa mise sur le marché mondial ont été rapportés les premiers constats d’un mésusage, d’abord en Amérique du Nord puis au Moyen-Orient [1]. Parmi les premiers cas recensés, le mésusage était de type récréatif, indépendamment d’un usage antalgique, principalement chez des individus jeunes combinant la prégabaline avec d’autres substances psychoactives, dont des benzodiazépines, des opioïdes ou de l’alcool. C’est suite au décès du fils d’un dirigeant saoudien après un tel usage combiné que les autorités de divers états du Moyen-Orient ont pris des mesures restrictives pour la prescription et classé la molécule parmi les toxiques. Alors que le mésusage de prégabaline est devenu quasi épidémique aux Émirats Arabes Unis et en Arabie Saoudite depuis plus de huit ans, le phénomène a gagné le Maghreb ces dernières années, en particulier l’Algérie. En Europe, seuls quelques cas ont été repérés dès 2010, essentiellement par le biais des pharmaciens d’officine et du suivi de pharmacovigilance (système européen d’alerte rapide), le premier cas français en 2011 [2].


Dans le contexte de la crise sanitaire liée à l’usage inadapté des opioïdes aux États-Unis, qui dure depuis plus de 15 ans et a concerné plusieurs dizaines de milliers de décès, plusieurs questions ont logiquement émergé concernant l’usage de la prégabaline, tant au niveau des autorités que des professionnels [3]. Le potentiel addictogène de molécules antalgiques à propriétés psychotropes, comme la prégabaline, est-il fréquent voir systématique ? Corollairement, une prescription médicale inadéquate d’une molécule antalgique peut-elle être responsable d’un mésusage, voir conduire à un abus d’usage potentiellement addictogène, en particulier chez des individus vulnérables ? La prégabaline est-elle un médicament exposant de façon significative à un tel risque, quelles que soient les modalités de sa prescription ?


Outre les recueils et analyses effectués par les centres de pharmacovigilance concernant la prégabaline, qui relèvent avant tout les situations considérées comme anormales, la description de l’usage de cette molécule au quotidien par un ensemble de prescripteurs et d’utilisateurs durant une période prolongée peut refléter les conditions naturelles d’emploi de cette molécule et permettre d’identifier les divers types de comportements des professionnels et usagers de santé à son égard. Nous avons ainsi réalisé une analyse rétrospective des dossiers de patients utilisateurs de prégabaline reçus et suivis dans une structure d’évaluation et prise en charge de la douleur au cours des six dernières années, chaque dossier contenant dès 2013 des données précises concernant les conditions d’usage et les effets du médicament, du fait d’une vigilance renforcée de l’équipe suite aux premières mises en garde à son sujet par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM). À la lumière de la littérature, les données issues d’une telle étude devraient ensuite permettre de proposer des recommandations de prescription et d’usage à destination des professionnels.

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