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Masque ta fatigue : ce ne sont pas les vitamines !

Français - 2018

La Revue de médecine interne



Une femme, âgée de 26 ans, d’origine Corse, vivant à Paris, consultait pour asthénie. Elle travaillait dans la programmation de cinéma et le patrimoine. Ses antécédents personnels et familiaux étaient sans particularité : hernie inguinale à l’âge de 2 ans, opération de la myopie, pas de facteur de risque vasculaire, pas de

grossesse, suivi gynécologique régulier. Ses parents n’étaient pas consanguins, ses vaccins à jour, sans consommation d’alcool ou de tabac. Il y avait un chat au domicile de ses parents (le même depuis 12 ans). Elle avait une asthénie chronique et des épisodes récurrents de douleurs abdominales avec sensations de chaleur, palpitations, céphalées et asthénie sans sueurs. Ces malaises survenaient plusieurs fois par semaine et s’accompagnaient de troubles digestifs avec constipation, ballonnement, nausées fréquentes, reflux gastro-œsophagien, de douleurs des fosses lombaires, du rachis, et de myalgies des jambes d’horaire variable (matin et soir).

A l’examen physique, elle était apyrétique, la pression artérielle était à 120/70 mmHg, la fréquence cardiaque à 72 battements par minute, la saturation en air ambiant de 100 %. Elle pesait 55 kg pour 1,69 m. Il n’y avait ni hépatosplénomégalie, ni adénopathie périphérique. L’auscultation cardiopulmonaire était normale. On notait une lésion du bras qu’elle attribuait à une griffure faite par le chat de ses parents juste avant d’arriver à la consultation. Il n’y avait pas d’aphte, pas d’urticaire pigmentaire. Sa peau la grat-

tait souvent. La palpation de la thyroïde était normale, les conjonctives pâles et la bandelette urinaire normale. Une radiographie thoracique faite en ville ne montrait aucune anomalie, la CRP était à 3 mg/L et le taux d’hémoglobine à 13 g/dL. Les recherches d’autoanticorps (AcAN, anticorps anti-ADN natif, anti-tissus, anti- thyroïdiens) étaient négatives. L’ostéodensitométrie osseuse était normale. La CRP n’avait jamais été élevée lors des malaises. Elle avait déjà pratiqué une gastroscopie et une coloscopie qui étaient normales. Elle avait été préalablement traitée par du paracétamol pendant plusieurs mois. Elle avait été mise sous un régime sans gluten, sans lait, sans œufs, par un nutritionniste, améliorant un peu les troubles digestifs. Il n’y avait pas de perte de poids, pas de perte d’appétit. Elle vous consultait, en désespoir de cause, sur les conseils d’une de ses amies qui présentait des symptômes similaires. Elle était très gênée dans sa vie personnelle et professionnelle, souvent fatiguée et n’osait pas sortir manger hors de chez elle de peur de déclencher des troubles digestifs. Un interrogatoire bien conduit vous permettait d’évoquer un diagnostic, confirmé ensuite par une prise de sang et une analyse d’urines.

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