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Les préférences gustatives des enfants porteurs de troubles de l’oralité

Français - 2021

Maÿlis Rey, Mélanie Gastaldi, Centre de Formation Universitaire en Orthophonie de Marseille



« Oui, mais… ». Dans son article L’oralité troublée (Spirale, 2014), Cynthia Jaen Guillerme utilise ces mots pour illustrer la rupture qui entrave le long chemin menant à une oralité harmonieuse. L’oralité alimentaire commence dès le stade embryonnaire et se développe bien au-delà en passant par des étapes comme l’allaitement, la prise du biberon, la diversification progressive, la découverte de goûts et de textures ; or elle ne se construit pas toujours de manière sereine. Certains enfants développent ce qu’on appelle un trouble de l’oralité alimentaire. L’oralité désigne l’ensemble des fonctions orales dévolues à la bouche et elle est, selon Catherine Thibault, « fondatrice de l’être » (Thibault et al., 2017). Elle est multidimensionnelle : on distingue l’oralité verbale, l’oralité alimentaire et l’oralité affective. On comprend alors aisément qu’un dysfonctionnement dans l’une ou plusieurs de ces dimensions va engendrer un trouble qui va être source de souffrance chez l’enfant mais aussi chez ses parents. L’orthophonie a toute sa place dans la prise en charge des troubles de l’oralité pour aider ces enfants à construire les bases d’une oralité équilibrée. La rééducation des troubles de l’oralité fait partie du champ de compétences des orthophonistes ; or il n’existe à ce jour aucun protocole valide d’évaluation des troubles de l’oralité et la terminologie ne fait pas encore consensus. De plus, concernant l’oralité alimentaire, les mécanismes sous-jacents au développement des préférences gustatives des enfants porteurs de troubles de l’oralité restent méconnus et peu étudiés alors que ces derniers semblent être attirés par des goûts spécifiques, habituellement rejetés par les enfants normo-mangeurs. Il nous paraît donc nécessaire de nous intéresser à ce sujet et de pouvoir proposer des recommandations sous forme de protocoles de prise en charge et de guidance parentale. Les études de Sophie Nicklaus (2011) et de Sylvie Castelain (2017) menées auprès de jeunes patients porteurs d’un trouble de l’oralité ont montré que ces derniers développent une attirance pour des saveurs relevées et/ou piquantes. D’où notre questionnement : les enfants avec trouble de l’oralité ont-ils une préférence pour certains goûts, notamment les épices, les herbes aromatiques et les condiments ? Cette préférence est-elle spécifique au regard des enfants dits normo- mangeurs ? Pour y répondre, nous allons tout d’abord exposer des données théoriques concernant l’oralité alimentaire : la construction du goût se fait via des mécanismes complexes en interaction avec des facteurs génétiques et environnementaux. Le goût est marqué par des préférences innées mais aussi acquises et il est possible de dresser un tableau du goût enfantin. Mais lorsque l’oralité alimentaire est malmenée, le trouble s’installe et se répercute sur l’ensemble du développement de l’enfant. Entre la souffrance de l’enfant et le désarroi des parents, associations et corps médical se mobilisent pour aider ces enfants à retrouver le plaisir de manger. Dans une seconde partie, nous décrirons notre démarche et notre protocole de création de deux questionnaires, l’un à destination des parents d’enfants porteurs d’un trouble de l’oralité pour lesquels une alimentation artificielle a été ou est nécessaire et l’autre à destination des parents d’enfants normo-mangeurs sans pathologie associée. Enfin, après avoir présenté une première tendance concernant les résultats obtenus, nous en tirerons des conclusions et nous évoquerons les biais et perspectives qu’implique notre mémoire.

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