- Océane Thébault
- 25 juin
- 3 min de lecture
Les mains au service de la pensée et de l’oralité : une nouvelle perspective dans la rééducation des troubles de l’oralité alimentaire : présentation de l’évolution d’un enfant de 3 ans et 1 mois
Français - 2015
Sarah Pléau, Médecine humaine et pathologie
Le film « Par les mains, pour la bouche » de Joëlle ATTARD et Sophie DRUSSÉ a été le commencement de ma réflexion autour des troubles de l’oralité chez le jeune enfant.
Diffusé au Festival Audiovisuel d’Orthophonie 2013, ce film, qui retrace une période de 6
mois de prise en charge, évoque avec authenticité l’évolution de Q. et B., deux jeunes
enfants atteints de dysoralité. Il met en évidence les difficultés que rencontrent ces enfants face à l’alimentation, et attire l’attention sur la nécessité d’une prise en charge
personnalisée, adaptée à leur niveau de développement. Inspirée des bases théoriques de la formation Premier Raisonnement Logique et Emergence du Langage du groupe Cogi’Act, la rééducation mise en lumière dans ce film prend appui sur les premiers raisonnements pour favoriser l’investissement de l’alimentation.
Le terme « oralité », hérité de la psychanalyse, regroupe, selon V. Abadie (2004),
« l’ensemble des fonctions orales, c’est-à-dire dévolues à la bouche, à savoir l’alimentation, la ventilation, le cri, l’exploration tactile et gustative, les relations érogènes, et le langage ».
La bouche est donc au centre de cette oralité. En médecine, la bouche représente une cavité du visage communiquant en arrière avec le pharynx par l’isthme du gosier, en avant avec les lèvres, et assurant les fonctions digestive, respiratoire et phonatoire. Mais la bouche est aussi un lieu de sensorialité, rassemblant le toucher, le goût, l’odorat ; et un lieu de passage assurant la liaison entre le dedans et le dehors. On comprend alors aisément qu’au travers de ces aspects, il peut exister bon nombre de dysfonctionnements entraînant des troubles.
Les troubles liés à l’alimentation peuvent avoir diverses origines, être dépendants de
multiples mécanismes mais ils sont toujours source de grande souffrance pour l’enfant et son entourage. Les repas deviennent alors de véritables moments d’angoisse et de déplaisir.
Le jeune enfant ne mange pas ou peu, ses choix alimentaires sont réduits, peu diversifiés. On peut alors observer une perte de poids voire une dénutrition. Les parents éprouvent, eux, un sentiment d’incompréhension et d’impuissance. La prise en charge orthophonique semble dès lors primordiale pour un accompagnement parental et une rééducation précoce tendant à faire retrouver à l’enfant le plaisir de se nourrir, une alimentation normale, sans danger pour lui.
A travers ce mémoire, nous proposons d’étudier la mise en place d’une rééducation
basée sur les processus du développement pré-logique de l’enfant dans le cadre des troubles de l’oralité alimentaire chez un enfant de 3 ans 1 mois présentant une dysoralité.
Afin d’apporter une assise théorique à ce projet, nous développerons dans un
premier temps le cheminement de la construction de l’oralité et de ses fonctions. Nous
préciserons ensuite les origines et répercussions d’une oralité perturbée et établirons un
rapide tour d’horizon des prises en charge actuellement proposées dans ce domaine. Dans un second temps, nous nous intéresserons aux fondements théoriques de la démarche d’ajustement protologique et langagier, avec le développement des premiers raisonnements chez le jeune enfant, le lien main-bouche et les bases de l’adaptation de cette démarche aux troubles de l’alimentation.
La présentation du cas de L. aura pour objectif de cerner les difficultés rencontrées par
l’enfant et de proposer alors une rééducation personnalisée, en adéquation avec son niveau de développement cognitif. L’analyse des vidéos de repas et des comptes rendus de séances permettra ensuite d’objectiver et de dresser un état des lieux des éventuels progrès permis grâce à ce type de rééducation.