- Océane Thébault
- il y a 7 jours
- 2 min de lecture
La prise de décision sous ambiguïté et sous risque et lien avec la sensibilité aux punitions dans l’anorexie mentale
Français - 2024
Messaoudi Sarah, Université Angers
L’anorexie mentale (AM) est un trouble des conduites alimentaires (TCA) à prédominance féminine (8 cas sur 10) (Hudson et al., 2007) et à début souvent précoce (entre 14 et 17 ans). En clinique, on parle de phase anorexique lorsque les symptômes perdurent moins de 5 ans, et au-delà d’anorexie mentale chronique. Aujourd’hui, on estime que 21% des cas évoluent vers une anorexie mentale chronique (HAS, 2010). De plus, selon la Haute Autorité de Santé, elle est la pathologie psychiatrique avec le plus haut taux de mortalité (10,6 fois plus élevé qu’en population générale selon Huas et al., 2011), notamment par suicide ou à la suite d’une dénutrition sévère.
De nombreux domaines d’étude (e.g. biologie, génétique, psychiatrie, psychologie) ont et
continuent de contribuer à une meilleure compréhension de cette pathologie complexe et à l’élaboration de nouveaux protocoles de soins. La recherche d’une prise en soins efficace représente aujourd’hui un enjeu majeur au regard de la résistance importante aux traitements et des patterns de comportements inadaptés en rapport avec la nourriture et le poids, et ce, malgré les conséquences somatiques et psychosociales négatives (e.g. dénutrition sévère, désinsertion sociale). De ce fait, en plus de la restauration du poids de forme et la prise en soins psychothérapeutique (HAS, 2010), l’intérêt pour la cognition dans la prise en soins de l’AM s’accroît progressivement, comme en témoigne par exemple le Centre Référent TCA de l’hôpital Sainte-Anne
à Paris qui inclut l’évaluation cognitive dans l’évaluation pluridisciplinaire. L’introduction
relativement récente de la dimension neuropsychologique dans la clinique s’appuie sur les données de recherche ayant mis en évidence un profil cognitif particulier – principalement caractérisé par une altération de la flexibilité cognitive (e.g. Nandrino, 2015) et un fonctionnement métacognitif dysfonctionnel marqué par un niveau de perfectionnisme très élevé (Frost et al., 1990 ; Olstad et al., 2015 ; Davenport et al., 2015 ; Palmieri et al., 2021) – qui joueraient un rôle clef dans le maintien de la maladie.
Certains auteurs se sont notamment intéressés aux capacités de prise de décision en
avançant l’hypothèse qu’un déficit de celles-ci pourrait contribuer à la persistance de la maladie. Ce travail s’inscrit dans cette idée et se propose de s’intéresser aux capacités de prise de décision en situation d’ambiguïté et de risque ainsi qu’à leur lien avec la sensibilité aux punitions dans l’AM.
Pour ce faire, nous introduirons ce travail par une revue de la littérature divisée en trois parties : (1) une présentation des aspects théoriques de la prise de décision, (2) une description de la clinique psychopathologique et du fonctionnement cognitif dans l’anorexie mentale, (3) un état des lieux des données disponibles sur la prise de décision sous ambiguïté et sous risque et des hypothèses explicatives d’un déficit de prise de décision dans l’AM. Dans un second temps, après avoir exposé notre problématique et nos hypothèses, nous décrirons la méthodologie employée et présenterons les trois participantes atteintes d’anorexie mentale incluses dans cette étude de cas multiples. Enfin, les résultats seront partagés et commentés ce qui nous amènera à envisager des perspectives d’études intéressantes pour la clinique.